Les récits de Ketevan

Le fauteuil rouge…

Dédié à mon père

 

Une étincelle de rêve fit perdre l’équilibre Maurice D’Elbée : Le fauteuil rouge fané, flétri  par le temps … ou  peut-être,  par l’intempérie… Le dossier enveloppé  de tissu  usé, déchiré, …percé, foré par le tiraillement… fusillé…

Le général D’Elbée, intransigeant , ignorant la peur et l’effroi, le véritable guerrier, le soldat né, cet homme de fer impassible aux  malheurs du métier  familial, s’inclina dans le sommeil… face au fauteuil rouge, au siège étrange, mystérieux … même flou … fantôme…   La vision lui imposa l’effroi… Lui tenta de s’en dégager…s’en débarrasser… se réveiller…. Mais  son corps  épuisé, rongé par de nombreuses  blessures, retrouvant enfin le calme et la trêve résista  fermement …transpirant  refusa obstinément de l’abandonner  quoique  le rêve soit pour l’esprit infernal …  enfin  vaincu il céda… L’effroi et l’impuissance précipitèrent  le souffrant au  brusque et  rude réveil, désagréable, mais  soulageant. … le fauteuil se brisa…le fantôme se volatilisa…

Le général ouvrit les yeux, et parcourut  le vaste salon du château  réduit à une cellule de prison par les temps pires  … Le ciel indigo ne trahissait toujours pas la nuit… Le clair de la lune ingénue tombait sur les vitres opaques  et illuminait  de façon phosphorescente les silhouettes  noircies des prisonniers…

 La nuit fut habituellement monotone, pareille à ses derniers prédécesseurs. Habituel fut le bruit  que faisaient retentir les pas battant le  plafond d’au dessus.

Assise à son chevet, sa femme lui soutenait la tête par le corps chaud … ainsi tentait-elle d’atténuer ses douleurs  … cette posture gênante et malhabile  ne lui empêcha pas d’ailleurs  de tromper l’œil, le dos collé au mur … Vigilante, elle sentit les bouleversements   intérieurs  s’emparant du corps du malade :

- Maurice,   tu veux quelque chose ? – articula-t-elle avec cette tonalité douce fidèle à elle.

Non, - s’efforça-t-il d’ôter  le soupir au  court mot prononcé.

Elle l’avisa pourtant, consciente de son impuissance enveloppa davantage son mari  par son corps  et chercha  le réconfort  dans la caresse. La main douce passa sur les cheveux grisailles et les lèvres  touchèrent le front du souffrant ; Le baiser  féminin s’y posa. Un effort surhumain valut la réponse … D’Elbée embrassa cette douceur de main qu’il captura … son baiser fervent bien qu’affaibli toucha la femme… elle s’efforça de  retenir  la larme mais celle-ci lui échappa et coula sur la joue  palie de détresse…

 Il ne la remarqua pas …  Son esprit sain et bouillonnant revint à  la vision nocturne…  irréelle … matérielle… à la hantise enfuie… Le fauteuil rouge qu’il avait déjà  vu  d’ailleurs…oui, dans son rêve mais ailleurs…  loin.. en Allemagne… à Dresde, à ses 16 ans. Ce fut  son entrée dans l’armée… premier uniforme…. premières marches…premiers espoirs… premiers rêves… La vision vint pour la première fois dans la caserne de Saxe  la nuit de son entrée. Alors très jeune et vif, quoi que vaillant et courageux, le cœur ardent et fougueux s’en voulut à son corps cette faiblesse machinale, instantanée, naturelle et humaine… Puis …ce fut… bien plus tard… tout récemment…tout près d’ici… dans son village où il se retira après une vie effervescente… Son Maurice, son fils, venait de naître lorsque le peuple arriva… son peuple, outragé, humilié du passé écrasé,  de la foi délabrée, souillée … Nature sceptique  fut émue…indignée  …  bouleversée par des mouvements destructifs de la vie nouvelle et céda… se soumit à la supplication… accepta le combat, le défi de la vie…  pour son peuple… son fils …  leur avenir… ce fut alors au lendemain  que le fauteuil réapparut … Le cœur  angoissé, bouleversé cette fois par l’inquiétude concrète pour le demain de son rejeton, il pria  fiévreux dans la petite chapelle du village… Le calme du modeste gîte de Dieu calma le militaire de cœur et soulagea l’homme du cœur. La foi dissipa les nuages d’inquiétude,  chassa la hantise inhumaine … même alluma dans l’esprit souffrant l’espoir de la victoire et du  retour des beaux jours d’antan… du calme paradisiaque et du bonheur d’enfant…

Et maintenant… de nouveau…   le fauteuil rouge bouleversa son cœur … ses entrailles … pourquoi ?... le fauteuil rouge ...

***

  Le bruit des marches au dessus devint fréquent … intense  … incessant…

 Le château s’éveillait… Les prisonniers aussi… mais la détresse les  laissait immobiles… ils ne se parlaient … ne soupiraient même  pas… respiraient à peine …

Soudain quelqu’un chantonna de  désespoir… mais la voix sonore étouffa  aussitôt … le verrou tournoyé brisa le silence d’après…

Un officier suivit les soldats bleus pénétrant dans la cellule…

-debout !- ordonna-t-il aux prisonniers glacés.

Les mouvements mécaniques, indifférents, impassibles firent éclater la fureur de l’officier…vaincu s’enragea davantage…, peine perdu… l’indifférence le fit perdre…  et il quitta le premier la salle  …

***

            Le froid matinal de la cour resta inaperçu… Le chemin parut  long au général soudé sur l’épaule de sa femme…Il n’en put plus et cessa d’avancer… D’un coup l’officier bleu arrêta le morne défilé… et une nouvelle fois donna l’ordre …Un soldat  fit détacher les mains entrelacées et séparer les corps des époux. La force fit  retourner au château la femme vaincue, hantée de l’angoisse …

Le souffrant traîna ses pas une fois de plus … les douleurs affreuses, impossibles l’immobilisèrent  de nouveau…L’un des soldats  entoura de son bras le torse du général et l’amena   vers  le portail. …

Le soleil levant coupa les regards …  les prisonniers ne furent pas surpris. Un échelon des soldats, les fusils en bandoulière les attendait sur la place d’arme …L’âme    vaillante  ne bascula … Le corps trébucha face aux douleurs … Le général se courba et tomba … les soldats eurent beau le  remonter… Il  ne put point  se mettre debout…son corps se recroquevilla, raidit sur le pavé sablé…personne ne le toucha…il  entendit parler… l’officier commandait … les yeux discernèrent  le soldat  retourner au château… l’esprit resterait toujours indifférent   sinon… le fauteuil rouge… traîné du dossier par le soldat reparu sur le seuil du portail …Le choc pétrifia les douleurs… la réflexion momentanée suit le déjà-vu …à la quelle le soulagement succéda…le voilà l’énigme du rêve … infime … dérisoire...,  l’ironie, le grotesque du mystère dénoué …le fauteuil rouge signala le destin  imminent, marqua la mort banale … autant de souffrance subie… de frayeur trahie  …   de climats futiles … de  bouleversements   inutiles…ridicule !…Le sourire  fondit sur son visage… personne ne l’avisa…  mais assis dans le fauteuil  pour se faire fusiller le condamné   contamina l’ambiance …

Le sourire fut bref… le soulagement aussi… La réalité s’imposa… le calme fut éternel… le calme paisible…

***

Pour épilogue…

Immobiles et impassibles les grises murailles, devinrent  témoins de la mort bizarre … de la fusillade exceptionnelle du général D'Elbée, chef des vendéens révoltés  à la suite  de l’injustice infligée  au peuple par le  frais régime sanglant.. Assis dans son fauteuil grièvement blessé  il fut fusillé par les républicains   en face du château  de Noirmoutier au matin du 6 Janvier 1794…

 

 

Le chagrin est invisible?...

 

La nuit dans la ville se  dessine  banale. Succédant les rues les immeubles et les maisons s'illuminent doucement.  Le bruit du moteur  est de plus en plus rare à briser le silence nocturne La ville respire au rythme presque muet impassible  au drame humain hantant comme fantôme tout être vivant…

 

Nelly se tient devant la fenêtre, les yeux fixés droit  dehors, regard nulle part. Une grosse larme  coule sur sa joue qu'elle laisse  couler jusqu'a ce que la larme  ne passe par son menton et mouille légèrement sa chemise. Elle la mouche d'un rude geste de la paume  de sa main droite, s'aidant de ses longs doigts tant que la cigarette allumée  coincée  entre eux le permet. La cigarette épuisée elle se dirige vers la salle de bain. Regardant dans le miroir  ses yeux enflés, les teints s'en évacuant  mélangés des larmes et  laissant des traces profondes sur les joues empourprées par le dure massage elle se rend enfin compte qu'il ne faut pas continuer comme ça. Elle approche sa face au miroir et se regarde scrupuleusement, la joue gauche est sillonnée d'une giflée récente, le bleu à peine paru  juste en bas de la paupière gauche bien que frais  et caché en dessous de la coulée teintée des larmes, noircit irréversiblement. Elle rince le sillon bleu par de l'eau froide …  c'est un peu retardé. Mais bon, elle  le fait.. L'eau froide est agréable et c'est cela qui compte maintenant. Mais la douleur plus profonde aiguë, invisible capture tout son corps de l'intérieur. Les nerfs pareils aux cordes musicales,  sont tendus à l'extrême jusqu'a se faire couper.. Le sifflet lointain s'y ajoute et cela l'affole davantage. Elle se masse les tempes, boit de l'eau, se déshabille et se met sous la douche pour se rafraîchir, le robinet tourné, l'eau parait trop chaude qu'elle n'arrive pas à régler tout de suite. enfin elle la gèle, jusqu'a se faire geler elle-même, mais cela la ranime...et c'est cela qui compte maintenant…

 le chaos mental se dissipe avec le corps relaxé  mais…

"il faut pas continuer comme ça…" entend-t-elle encore sa voix interne qu' elle n'écoute pas d'habitude…mais cette fois… elle le fait…

"L'enfant, il n'a rien vu… heureusement il est trop petit pour comprendre…le bagarre des parents…mais qu'est-ce qui est à comprendre?"

 Tout est clair pour  elle. L 'amour s'éteint. Ils  ne s'aiment plus…plutôt il ne l'aime.

 Mais comment dire  à l'enfant, comment expliquer? …

Les émotions la prennent, elle veut râler…mais  s'abstient. elle ne sait même pas pourquoi  mais elle a du remords …

Nelly entend un bruit sourd.

"Ça doit être Gilles réveillé.. mais  pas possible …il dort comme ourson en hiver"

La pensée  a son fils détend ses traits  pour quelques instants et dessine le sourire sur sa figure. le bruit se répète…

"C'est lui…c'est sûr.. plus de doute"…

 - Gilles. C'est toi?  - la voix douce se dégage  du cœur mais étouffe à mi- chemin par les ficelles nerveuses de la gorge.

Nelly entend les courts pas accélérés … La voix brisée, elle fait un effort…

- " Gilles, tu dors pas mon bébé? J'arrive mon cœur, je finis ma douche, d'accord?"

 L'effet de la voix douce de maman qu'il adore tant, est cette fois  foudroyant. Attrapé  en plein d'infraction de quitter sa chambre voir maman pleurant Gilles sursaute et s'évade ! Il se réfugie à la hâte dans sa chambre, dans son lit. Le lit qu'il vient de quitter tout à l'heure, est toujours chaud. Il se cache en dessous de sa couette  cherchant à tâtons son  câlin doudou …

". Son doudou … Papa et maman se faisait souvent la bise…. Maintenant ils ne le font plus…"

Le petit Gilles pleure.

" Avant chez mamie  qu'il trouvait le refuge. Mais mamie est partie. Maman, elle dit qu'elle est partie très loin… qu'elle habite au ciel  et que le petit Gilles peut la voir à travers son  rêve"

 Il ferme les yeux cherchant mamie.

"Mamie n'est pas là, maman a menti.."

 Les larmes se mêlent  avec le râle et  le hoquet d'enfant. Puis le silence s'empare de la chambre.  L'enfant n'entend plus  la  porte s'ouvrir non plus maman entrer, Les cils trempés, le maquillage effacé la fraîche  douche ne peut complètement effacer la détresse de la femme, ceci semble dévoiler davantage sa tristesse profonde. L'enfant tout enveloppé, Nelly fixe son regard sur la montée monotone et rythmée de la couette. Elle reste ainsi figée quelques secondes jusqu'à ce que la sourde et calme respiration de l'enfant pareille au faible soufflement de la brise  s'entend dans le calme. Elle quitte la chambre…

Sortie au couloir Nelly  entend toujours l'irritant sifflement de la théière.

"elle n'en peut plus"

Le sifflet  s'arrête Soudain..

Philippe  passe dans la cuisine pour faire taire la cruelle théière… Les  malles bourrées  de  ses affaires se traînent par terre à la sortie…Dès qu'il  l'éteint. Le silence lui fait  sentir davantage son cœur alourdi. Les émotions atténuées  le regret le saisit. Il l'ignore, l'efface le tue. Philippe part sans tarder …

Les réverbères  automatiques s'allument dehors.

Par la large fenêtre du salon Nelly voit son mari s'en aller.

"  Il  l'a devancé… bon tant mieux…sinon elle partirait demain… il est parti sans regarder derrière…   Rien ne le tient, même l'enfant … mais les cigarettes? Où sont-elles? .. Ah bah oui! Dans la cuisine sur le frigidaire… bah! Merde! Il n'en reste plus…mais que faire? …Bon elle doit se passer cette nuit d'elles…"

* * *

            Le brouillard  couvre la terre déserte. Mais Philippe y passe tranquille.  Il voit la lune au bout du chemin..

 Brusquement le blanc obscure  se dissipe. Le vent monotone  fait disperser  les dernières taches brouillardeuses. Il se rend compte qu'il n'est plus seul.  Gilles et Nelly s'émergent  tout près de lui.  Il rêve. Il le sait, mais  le bonheur l'attire…Philippe veut les toucher.  Il tend la main à Nelly. Elle lui répond tendrement…  le touche… mais le toucher, il ne le sent pas…

Soudain la terre tremble, puis se brise et  coule sous leurs pieds.  Philippe a grande peur… Il panique. Il râle…Il appelle Nelly et l’enfant mais n’y arrive pas… il n’a pas de voix… d'un coup, il remarque que lui-seul est à se faire emporter par la coulée de boue …

 

-        "Philippe qu'est-ce que t'as? Réveille-toi!"

Philippe sursaute sur le lit…

-"qu'est-ce qu'il y a?" tu hurlais dans le sommeil"

 Le stupéfait se masse  les tempes…

 - " j'ai vu un cauchemar"

Il laisse sans réponse le "quoi?" suivant.  Les impressions du rêve, vives et perçantes, s'emparent absolument de sa conscience.  Indifférent il se  dégage de la main  féminine posée tendrement sur sa poitrine. Elle l'étouffe. La chaleur du corps de sa maîtresse lui semble étrangère et même dégoûtante…

La femme déçue lui tourne le dos…

"Impossible de continuer comme ça."

Philippe  sent qu'il lui  a fait mal…

-        Pardon, Marie, mais je me sens mal…- il murmure

-        On ne peut pas continuer comme ça, Philippe, - elle dit d'une voix tremblante à peine maîtrisée…

-        Excuse-moi…- il murmure encore

-         tu ne m'aime pas – elle pleure - Je te reconnais plus, depuis  qu' on est partis de Paris… …

Philippe ne dit plus  rien. Il sait qu'elle a raison.  La langueur  l'hante depuis qu'il a quitté sa famille … La mélancolie le prend…

 " c'est  du chagrin"  -il soupire

Il  se rallonge et se referme les yeux  …il feint de dormir… mais  entend Marie se soulever, sortir du  lit, quitter la chambre sans refermer la porte.

"Elle va sans doute se préparer du café"

Elle le fait. Il l'écoute allumer la cafetière, sortir la tasse, la porte du placard fermer …

Les pensées  se brouillent à Philippe. La conscience s'efface. Il s'endort…

* * *

Le bruit perçant du klaxon réveille Philippe. Son regard machinalement court vers l'horloge.

"Il est déjà 10 heures."

"Mais où est Marie?"- il soulève les yeux du lit vide  et les fixe  sur l'espace suivant la porte

-        Marie! Marie!

 L'espace paraît  aussi vide. Philippe  se met debout et sort somnolent de la chambre.

La cuisine semble paisible: la tasse  abandonnée sur la table, café bu  à la  moitié. Rien ne trahit le vide laissé par une femme partie, même le silence sans réponse…

Philippe remarque un billet  posé en dessous de la tasse… Il veut observer le papier étranger. Ce dernier collé à la tasse résiste. Philippe l'enlève quand même… Son contenu à moitié effacé trempé  par la tasse, le billet garde malgré tout les paroles sacrées:

"Je me sens trahie… j'en peux plus….

pars . . laisse la clef chez F. . . Marie"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CECI EST MON TOUT PREMIER RÉCIT QUE J'AI ÉCRIT IL Y A TRÈS TRÈS LONGTEMPS - Ketevan

Les torrents de réflexions d’un jour

Je ne sais pas qui je suis, pourquoi je suis venue au monde. J’ai 23 ans, mais je n’ai rien fait, rien inventé, rien créé, absolument rien.

Ma vie est sans âme.

Seulement des formalités quotidiennes.

Je ne supporte pas ma vie.

La plus grande erreur de Dieu est de donner la vie à l’homme sans lui donner le but, l’objectif, le sens, l’essence.

Ma Vie. Qu’est-ce que c’est que ma Vie ?

Rien. Je veux dire « Rien », je dis « Rien », mais je ne sais pas ...

Peut-être que ma Vie a un but, un objectif, un sens ou une essence quelconque, mais je ne sais pas ... Je ne le vois pas ...

La plupart des gens, je veux dire, la plupart des femmes ( puisque je ne suis qu’une femme, je ne connais que la conscience de la femme ) créent leurs familles, mettent les enfants au monde pour donner le sens à leurs vies.

Donc, le sens de la vie d’une femme - l’enfant.

L’Enfant - le fruit de l’Amour ... le fruit d’un amour, peut-être, d’un petit amour, pas grand. Mais certainement le fruit de l’Amour.

L’Amour - qu’est ce que c’est que l’Amour ?

Je ne sais pas ... mais c’est beau - l’Amour ...

Peut-être ... je ne sais pas ...

Peut-être, je le sais, je connais l’Amour, mais je ne suis pas sûre ... Je ne suis jamais sûre. Je suis trop sceptique alors, trop, trop sceptique ...

Que faire ? Je suis ce que je suis. On ne peut rien faire, et en plus, ça me plaît - être sceptique - c’est bien.

Oui, oui, c’est ça, ça me plaît.

Il me semble que ça « enintelligente » l’homme, l’être humain.

Je sens, plutôt je le sais que je ne suis pas la seule qui en pense ainsi.

Bon, revenons à mon thème bien-aimé.

Oh ! ça ne me plaît pas ce mot-là « thème ».

Revenons à ce mouton-là !

« Revenons à ce Sentiment que j’aime bien » - oui, oui, c’est mieux ...

Non, ça ne me plaît pas non plus « mieux ».

« Le Sentiment que j’aime bien » - c’est bien dit, même bien exprimé.

Le Premier Amour - oui, ça existe aussi, le Premier Amour. Au moins, ça existait dans ma Vie. C’était à l’école ... Je n’ai pas envie d’y penser ... C’est déjà fini, c’est déjà oublié, perdu.

Le Premier Amour - c’est « le petit amour ».

Les adultes n’y pensent plus ...

Donc, le Grand Amour - c’est quoi ça, le Grand Amour ?

Encore ... je ne sais pas. Mais ça doit être très beau ... ça sera très beau, je pense.

Le Grand Amour - c’est tout simplement un sentiment ... un sentiment des grands hommes, mais pas un simple ...

A vrai dire, je n’ai jamais eu le Grand Amour. Je ne l’ai jamais senti. J’ai senti quelque chose de pareil, quelque chose de semblable à l’Amour.

C’était la Passion - la parente la plus proche, l’amie la plus intime de l’ Amour.

Lui. Comment Il était ? Il n’était pas le type qui, en général, pourrait me plaire, me séduire, me fasciner ...Voilà ... Il n’avait pas d’yeux noirs, Il n’avait pas de cheveux noirs,  même Il n’avait presque pas de cheveux ... ou plutôt Il avait à peine de cheveux ... oui, c’est plus juste, plus précis - « Il avait à peine de cheveux » - c’est marrant, n’est-ce pas ?

Physiquement, Il était un garçon ordinaire, pas Alain Delon, ni Robert Redford.

Alors, qu’est-ce que j’ai aimé en Lui ?

C’est ce qu’Il me ressemblait le plus ...

Son caractère, ses idées m’étonnaient puisque c’était mon caractère, mes idées. Lorsque je le regardais, c’était comme si je me regardais, moi, en homme.

Nous étions pareils, des êtres ambitieux, forts, en quête du sens de nos vies et de nos destinées.

Il ne pouvait pas vivre seulement du présent, Il ne pouvait pas ne pas penser à l’avenir.

Il était un peu jaloux ... pas « un peu », même « trop », comme moi.

Parfois trop tendre, parfois trop indifférent, parfois trop naïf, parfois trop rusé, intelligent et ami fidèle en même temps.

Oui, c’était Lui. Et Lui m’a plu.

Il était l’ami de mon amie comme dans « L’ami de mon amie » ...

Hier j’ai vu ce film. C’était joli. Je l’ai aimé. C’était bien, même bien amusant. Je ne peux dire que « Bravo » à l’auteur. C’était la juste description des climats, des états d’âme. Mais ce qui m’a surtout excité et impressionné ( peut-être ça décevra l’auteur, mais pardon, ce n’est pas de ma faute, il y a des raisons), c’était la piscine. C’est bizarre, mais c’est vrai.

On nage beaucoup dans ce film.

C’est cool - la piscine - les mots anglais sont très à la mode.

L’eau - j’adore l’eau, la mer, la piscine.

L’eau c’est magnifique ... c’est magique.

Dans l’eau on se perd, on s’oublie, on oublie tout sauf l’eau.

Comme la vie est belle lorsqu’on la voit de la mer ... On devient heureux, on se sent heureux dans la mer.

Bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla ... ...Mon nez. Ca me plaît pas, mon nez. C’est moche, mon nez, mais je l’aime avec sa courbe. Je le compare à Quasimodo, c’est mon Quasimodo et je l’aime parce qu’il est bon comme Quasimodo l’était. Je l’aime parce qu’il le mérite, parce qu’il est mon nez, et je ne veux pas le voir aussi outragé et humilié que Quasimodo. Ils ne le méritent pas tous les deux.

Mon pauvre nez, mon pauvre Quasimodo. Je l’aime ... mais quand je le regarde dans la glace, j’ai envie de la casser ... Je vais l’embellir, mon nez...

* * *

... Il pleut dehors ... C’est triste, c’est ennuyeux ... mais je l’aime, la pluie.

Pourquoi j’aime la pluie ?

Je ne sais pas. Peut-être parce que c’est la pluie.

J’aime le soleil parce que c’est le soleil, la lune parce que c’est la lune, la mère parce qu’elle est ma mère ... Mais je n’aime pas le vent ... Pourquoi ? ... Pourquoi je n’aime pas le vent ?... Je ne sais pas ... mais si, je le sais. Je n’aime pas le vent parce qu’il est froid et, sans doute, né en hiver.

Moi, je suis chaude, je suis née en été.

Je suis forte, mais lui, il est plus fort. Il me fait peur ... Mais l’eau aussi me fait peur et, en même temps, je l’aime ... Donc, je ne comprends rien ... Je ne sais pas ... Laissons ça ...

***

Je pensais que Dieu se trompait en donnant la vie aux hommes sans leur donner le but et le sens de la vie. Maintenant il me semble qu’il a raison. C’est ainsi que la vie devient plus intéressante. Il faut chercher. « Qui cherche, trouve »... Peut-être, un jour, je trouverai ce que je cherche... je ne sais pas ...

Oh là là ! Toujours ce scepticisme, j’en ai marre déjà.

Etre ou ne pas être - ce n’est pas la question.

Je suis née, donc je dois vivre, je vis, donc je dois trouver un but, ce que je veux faire dans ma Vie, ce que je veux être. Le but trouvé, je vais faire tout mon possible pour le mettre en œuvre ... C’est ça, la vie.

Puisque je suis, je dois essayer de réaliser le maximum de mes possibilités.

Donc, plus de doute, plus de scepticisme !

Vive la vie ! Vive la liberté de choix !

Dieu soit loué !

Mais je ne sais pas s’il existe ou non.

Je ne sais pas si j’y crois, à son existence, ou non.

Parfois oui, parfois non.

Toujours comme ça ...

Je suis fatiguée. Je vais au lit ...

 

 

Un mouton, deux moutons, trois moutons, quatre moutons ...

Maudit café ! Je n’ai pas le sommeil ... Parfois, je ne peux pas souffrir les nuits blanches ... Décidé, je ne boirai plus jamais le café ... Un mouton, deux moutons, trois moutons, quatre ...

***

Oh ! il est déjà neuf heures. Je suis en retard.

- Maman ! maman ! fais-moi du café, s’il te plaît !

                                                                              

 

                                                   Kethi Kapanadze            II.99.

 

 

“ J’imagine l’an 3000 “

 

  Désert ... ténèbres ... froid ...

 Rien autour ..., rien que la lune ... et les dunes ...  et le vent qui respire  bruyamment et éveillle les dunes a peine endormies...

      Rien que le temps qui s’écoule ...

Le jour.Le soleil grille les dunes. Le vent vole et amuse les dunes ...

           Le temps s’écoule ...

Le crépuscule. les dunes épuisees par la chaleur du jour tentent de se détendre ... en vain ...Le vent léger le jour , s’affolle le soir et ennuie les dunes... Sifflant sa mélodie monotone il fait danser les dunes ...

 Le temps s’écoule...

Toujours... les dunes ...le vent ... le soleil ... ou la lune....

Le temps s’écoule ...               

Un jour. le vent et les dunes se laissent glisser de la seule piramide ( le jeu favori des dunes )dont ils n’ont pas encore ensévéli le sommet ...Soudain...Ils apercoivent une petite rose poussée entre les pierres de la piramide. Ils s’arrêtent net et la contemplent , la petite fleur qui ne semble pas du tout effrayée par leur cruel jeu.

Le temps s’écoule ...

Toujours...le soleil ou la lune... le vent et les dunes ... et la rose ,la petite rose poussée  entre les pierres de la piramide dont le sommet n’est pas encore ensévéli.Les dunes la défendent du froid et de la chaleur. Le vent cherche des nuages pour étancher la soif de la petite rose ...

Le temps s’écoule...

La rose s’épanouit et met au monde un tout petit bouton...On l’appelle Espoir.

Le temps s’écoule...

 

                                                                     Kéthi Kapanadzé.                                                                    29.11.99.    

 

 

 

 

 

 

 

O R P H E L I N A T

 

*    *    *   

 

Marie. 12 ans.

" ......................................................?"

" Ma mère ?...Non, je me souviens pas ...."

"...........................?"

" Non, non..... pas morte... partie..."

".................................................?"

" Souviens pas d’elle... J'étais trop petite..."

" ..................................................?"

" Oui, je pense souvent à elle.... "

"............................?"

"Non..."

"............................?"

" Ma mère?... sans doute trop belle...trop trop belle... trop tendre... avec de grands yeux

 bleus... des cheveux brillants..."

"..........?"

"Oui... me manque beaucoup (trop)..."

"...................?"

" Bien sûr !... Elle m'emmènera..."

"...............?"

" Oui, je l'aime."

 

*    *    *

 

Catherine et Patricia. 4-5 ans.

" Ma maman est belle."

" Ma maman aussi... Ma maman est plus belle..."

" Ma maman ... est la plus belle..."

"Ma maman est la plus, la plus belle... Elle a des yeux bleus..."

" Ma maman a des cheveux  brillants..."

" Ma maman m'aime..."

" Ma maman aussi, elle m'aime... Elle m'a acheté une poupée..."

" Ma maman m'achètera des bonbons... T’en aimes ?"

" Oui..."

" Je t’en donnerai...."

"Tu veux ma poupée?"

"Oui..."

"Tiens!"

 

*    *    *         

Gilles. 2 ans.

" T'es ma maman?"

".............................."

" Alors... où est ma maman?..."

"......................................."

" Partie?... Pourquoi?..."

"...................................................."

" Obligée?...Pourquoi? ...."

"......................"

"Elle reviendra?...."

                             Kethi Kapanadzé. 1999. III- IV

 

 

 

 

 

 

 

 

               TROIS MORCEAUX DE  VIE ...AVEC UN QUATRIEME...                                                                                                                                

 

  L'Amour

     

Elle, assise dans le fauteuil près de la cheminée, brode la chemise pour son futur  enfant qu' Elle attend depuis deux mois.

               La chaleur la frôle et Elle s'endort.

Il rentre, mais Elle n'entend pas ses pas, même pas la porte s'ouvrir.

               Il se dirige vers Elle et l'embrasse.

               La touche de ses lèvres l'éveille. Elle répond, se lève et prépare le dîner.

               Il s'assoit à table, Elle aussi.

Il dîne, Elle n'en a pas envie, assise en face se contente de le voir et admirer.

Il ne la regarde pas, Il mange. Tant mieux... Elle plonge dans les rêves... imagine sa future famille...

Ils seront trois... peut-être quatre... peut-être plus...

Lui et Elle... et leur enfant...

Un garçon ... ou une fille...

               Peut-être et le garçon et la fille...

Mais Il  ne le sait pas... encore.

Elle... non plus, ne le savait pas... Elle vient d'apprendre... il y a quelques jours...

Sans doute, avait-Elle  des doutes... mais maintenant... c'est évident...

Elle veut dire... lui confier sa joie... mais... Elle a  peur ...

     Enfin Elle se décide...

              Bon!  courage!

 

                                                                                                      La Querelle

              

               Elle est  dans la chambre, assise dans le fauteuil près du feu... brodant... Elle l'attend... Situation ordinaire... mais pas Elle... Elle est agitée... Elle sent... c'est le jour décisif pour eux... peut-être pour un autre aussi ... pour un futur...

  mais Il ne sait pas... encore..., rentre à la même heure... fatigué et tendre... s'assoit à l'ordinaire à table... Elle aussi..., mais cette fois Elle ne rêve... Elle parle...            

" J'ai une chose à te dire..."

Il lève les yeux et la regarde.

Son calme l'encourage:

" Tu seras papa... je suis enceinte..."

        Minute de silence ...

" Pourquoi?...  mais tu sais que c'est impossible... Pourquoi?... tu le sais... tu le sais... je ne veux pas... je ne peux pas... tu le sais... tu le sais...", Il crie... Il râle... Elle... aussi...

" Ecoute !...  je ne veux pas que tu te fâches ... mais je ne comprends pas pourquoi tu ne le veux pas... je ne te demande  rien... Pourquoi?.. tu cries pourquoi?... je ne comprends pas...  je t'aime... mais je ne comprends pas... tu m'aimes... tu m'aimes pas ?... je ne comprends pas................"

                  Coup de gifle...

               Elle s'arrête, se tait...

                   Minute de silence...

" Je ne comprends pas..."

                La douleur au coeur...

Il l'a brisé.

 

                                                            La Haîne

              

Elle... assise dans le même fauteuil près de la cheminée, ne brode plus... Elle vient de se lever... Elle a gardé le lit quelques jours, comme le docteur l'avait conseillé...

Elle a encore des maux... mais ça va passer bientôt...

               Il entre dans la chambre... Elle fait semblant de ne pas le remarquer, mais sa présence l'irrite... le coeur se serre... Elle veut pleurer, mais... Elle ne veut pas qu' Il le voit... Elle étouffe, se sent mal  et se couche...

               Il s'assoit à table, mais ne peut pas dîner, se lève... cherche sa place dans la chambre... en vain... Il le sait... il n'y en a pas ...

               Il se sent seul... Il sort...

               Il  ne revient pas ...

        

 

                 *   *   *

 

     «  un quatrieme  » - j’ecrit cette partie "supplementaire" pour  amuser ceux ou plutot   celles qui considerent mon recit trop triste.Dans la vie il ya tant de choses  et emotions negatives  que je n‘avais et meme je n’ai aucune envie d’en ajouter encore…  

 

                                                                                     

 

  " C'est triste..."

 

"Meme trop ..." " Trop tragique meme..."

 

C'est pas une tragedie pourtant... un drame ... peut-etre..."

 

" Non,non ...  c'est une tragedie ..."

 

 " Mais non ,...c'est une histoire ordinaire... pas "Romeo et Juliette " ... C'est une vie ... tout simplement un drame de  vie..."

"Tiens! Je comprends pas ou finit le drame et commence la tragedie..."

 

" La tragedie est une partie du drame, je pense..."

 

"C'est un meurtre... et ça... c'est toujours tragique...Donc c'est une tragedie..."

 

"D'accord...mais...."

 

"Ecoute! Pourquoi "morceaux" et pas autre chose ... "pieces" par exemple?..."

 

" Qu'importe!... Dis-moi c'est quoi la vie?..."

 

"...................."  

 

"... c'est la naissance, l'amour, la haine, le travail, la passion, l'amitie etc....etc...tout ca c’est la vie ...Meme la mort c'est la vie...donc un des morceaux de la vie..."

" Alors c'est un drame tragique ..."

 

" Mais taisez-vous! ....  deux philosophes bavardes... Laissez-moi dormir...."    

 

"Ca aussi c’est un drame  .... on la laisse pas dormir..."

 

 " Pas tragique pourtant..." (rire)

                                                                                                         Kéthi Kapanadzé                                                                                                             1999. III.                              

              

 

 

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